(...) Il met l'eau à bouillir, se sert un deuxième verre qu'il emporte dans son petit jardin situé à l'arrière de la maison. C'est juste un carré d'herbe et un parterre de fleurs disposé au pied d'un mur plein sud, mais Miles Salmon l'entretient depuis si longtemps qu'il le voit comme une extension de lui-même.

A gauche de la porte, un unique fauteuil en osier est posé sur les dalles. C'est un espace trop petit pour le considérer comme une terrasse, mais c'est là que tous les soirs, quand le temps le permet, il s'assoit et sirote son deuxième verre sans journal ni livre. Son regard parcourt inlassablement l'histoire éternellement changeante de son royaume miniature.

Dans le coin opposé, le prunus perd ses dernières fleurs. Sur la pelouse, la couche de pétales blancs se flétrit et se teinte des couleurs de la terre. Il y a longtemps que les jonquilles et les tulipes ont passé. Quelques iris pourpres toujours en fleurs se tiennent fièrement à l'écart les uns des autres. Les roses commencent à bourgeonner. Il faudra au moins un mois encore avant qu'elles n'éclosent, à commencer par les Emprereurs du Maroc dont les boutons en grappe enfleront démesurément avant de libérer les grandes fleurs rouge foncé. Miles Salmon fait pousser un rosier grimpant le long du mur, une Zéphirine Drouhin. Plus près de la maison se déploie le Cristata, son cher rosier, avec ses bourgeons velus. Le mois de juin, le temps de la gloire, approche. Son jardin resplendira de pourpres et de roses et de l'autre côté du mur, des prés inondables jusqu'à la rivière, l'air embaumera les senteurs de l'été. (...)

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[Londres - Août 2013 - Columbia Road]